Cyr Medo, la France comme port d’attache

Il a l’assurance tranquille. Une assurance qui met à l’aise, qui permet d’aller, dans la discussion, droit à l’essentiel. À seulement 21 ans et quelques mois. Cyr Medo est originaire de Cotonou, la capitale du Bénin, un petit pays de la côte ouest-africaine, coincé à côté du Nigeria, géant nigérian et de ses trafics en tout genre.

Cyr Medo, étudiant à Supélec, est le fils d’un professeur de mathématiques et d’une revendeuse.FREDERIQUE LE BRUN/pour la Croix

Cyr Medo, étudiant à Supélec, est le fils d’un professeur de mathématiques et d’une revendeuse.FREDERIQUE LE BRUN/pour la Croix

Il est l’unique enfant d’un professeur de mathématiques et d’une revendeuse. Mais, il a tout de même douze demi-frères et sœurs. « Je n’ai pas manqué de grand – chose. J’ai eu tout ce qu’il me fallait en ce qui concerne l’éducation et la santé. »

REMARQUÉ PAR LE MÉCÈNE ODON VALLET

À 15 ans et demi, il décroche la seconde meilleure note de son pays au baccalauréat. Cela lui vaut d’être remarqué par Odon Vallet, un mécène français qui consacre sa fortune à des bourses pour des jeunes d’excellence, notamment Béninois et Vietnamiens. « Je pensais plutôt étudier au Canada ou aux États-Unis. Mon classement me permettait d’obtenir une bourse de l’État du Bénin. Mais, bon, on ne sait pas quand l’argent arrive… ».

L’adolescent accepte donc la proposition d’Odon Vallet, après un entretien au Bénin, où il est accompagné de son père. Il ne peut obtenir une place en maths sup au lycée parisien Louis-le-Grand que l’année d’après. Pendant ce temps, il s’inscrit à la faculté de Cotonou, mais l’année commence par une grève de six mois. Il suit des cours donnés par des polytechniciens français en service civil, prend des leçons d’anglais, reçoit chaque semaine des encouragements téléphoniques d’Odon Vallet.

COMME ORIGINAIRE D’UNE PROVINCE LOINTAINE

Enfin, il s’installe au foyer Bossuet, à dix minutes de marche de Louis-le-Grand. « Deux années de dur labeur. J’ai vu la différence, surtout dans les matières littéraires. Je n’ai jamais perçu le fait de venir d’Afrique comme un handicap. Je devais faire des efforts pour m’adapter, comme tout nouvel arrivant. J’étais comme originaire d’une province lointaine. Je me suis fait de bons amis. Finalement, j’ai aimé la prépa après l’avoir quittée. »

Après deux années, c’est-à-dire à 18 ans et demi, il intègre une grande école d’ingénieurs, Supélec. « Je ne voulais pas attendre un an de plus pour repasser Polytechnique. Je n’avais plus rien à me prouver. » Aujourd’hui, il a décidé d’une année de césure après ses deux premières années. Il est en stage chez IBM après six mois passés dans la finance : « C’était amusant de faire des statistiques. Il y a plein de choses que je veux tester, qui me plaisent. »

Chaque semaine, à Paris, Odon ­Vallet organise un dîner à l’Hippopotamus pour quelques-uns de ses boursiers. « Nous n’avons pas de rapports de donateur à bénéficiaire. Il est plutôt un aîné, un conseiller. Il est dans le concret, dans l’action. Je ne sais pas si j’aurais le tiers de son courage. C’est rare quelqu’un qui donne toute sa fortune, de son vivant. » Sa référence est un autre boursier de la Fondation Vallet, Moubarak Soumanou, le premier Béninois reçu à Polytechnique par la voie des concours.

SOUHAIT DE FAIRE UNE CARRIÈRE INTERNATIONALE

Cyr Medo rentre chaque année au Bénin, chez ses parents. Les frais de ce voyage sont inclus dans sa bourse. Il sait que ses parents sont fiers de lui. Il correspond avec eux par tous les moyens que permettent Internet et le téléphone portable. Mais, pour la suite, il se voit ailleurs qu’au Bénin, même s’il aimerait avoir une activité en lien avec l’Afrique. Faire carrière à Cotonou n’est pas dans ses plans.

« J’aimerais bien faire une carrière internationale. Mais la France restera mon port d’attache. » Pour arriver à cette vie, il devra sans doute obtenir la nationalité française. « Pour mes études, ce n’est pas un problème d’être étranger. En revanche, ensuite, il me faut un contrat à durée indéterminée pour pouvoir rester ici. Sans ça, je devrais partir. Si je veux lancer une start-up, par exemple, je ne pourrai pas le faire ici si je suis béninois. »

Sa représentation de la France est intéressante. Il constate qu’au Bénin, l’égalité des chances dans la réussite scolaire est plus une réalité qu’en France. Il estime aussi qu’en France, le chômage est moins présent que dans son pays d’origine.

Pierre COCHEZ/LACROIX